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Le « paysan-chercheur » Félix Noblia invente l’agriculture sans pesticides et sans labour

Après avoir repris la ferme de son oncle, Félix Noblia a bouleversé la manière de travailler les sols. Il lance des expérimentations en agroécologie en souhaitant semer les graines d’un renouveau du monde paysan.

Félix Noblia, à la pointe de l’agroécologie

Reprendre une ferme « hors cadre » à vingt ans, sans expérience, il faut du cran. La transformer en ferme agro-écologique d’autant plus. Passer en semis direct puis en bio, être fou ! À vingt ans, DUT de bio et une licence à peine en poche, Félix Noblia, jeune musicien de la côte basque reprend les terres de son oncle un peu par hasard, « pour ne pas les voir partir hors de la famille ».

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Felix Noblia dans sa propriété

Eleveur et agriculteur bio installé, depuis 2008, au Pays basque, Félix Noblia réussit en dix ans le tour de force de passer d’une agriculture intensive à une agroécologie productive et rentable. Diversification des cultures, création de coopératives en filière courte pour écouler ses productions, pâturage tournant pour ses vaches… Autre pratique innovante, qu’il expérimente en réseau avec d’autres agriculteurs près de chez lui et à l’autre bout du monde : l’arrêt des labours et les semis directs sous couvert végétal. « On y gagne à tous les niveaux : moins de temps passé aux champs, arrêt des herbicides, recours à des machines plus économes, fertilisation naturelle des sols, diminution de l’utilisation de gazoil, baisse des émissions de carbone dans l’atmosphère. C’est tout bénéfice pour l’environnement, la santé humaine et pour l’agriculteur lui-même car c’est un mode de culture rentable », précise-t-il.

Fermage, endettement et convictions environnementales l’obligent à concevoir autrement l’élevage intensif en quasi monoculture de maïs transmis par son oncle. Il se forme beaucoup, écoute, lit, observe et s’inspire d’exploitations innovantes. Teste et expérimente. Découvre l’autonomie « je n’achète que du gazole, des engrais organiques et quelques semences. Le reste est produit et consommé sur ma ferme ». Supprime le maïs « trop consommateur d’eau et de phytos ». Sème des mélanges de variétés et d’espèces. Allonge ses rotations. Fait pâturer ses vaches en dynamique 10 mois par an et leur donne fourrages et protéines de la ferme… Se heurte souvent avec son oncle qui habite encore sur la ferme.

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Félix Noblia se passe de glysophate

« Ma vision de l’agriculture et mes nouvelles pratiques bouleversaient ses certitudes ». Son oncle, Michel Lataillade, confirme : « Sa manière de produire, de transformer à la ferme, de moins travailler, d’être moins sur le tracteur, de passer du temps en formation et en voyages, d’expérimenter, tout est différent ! Félix a même changé la race du troupeau. De la ferme que je lui ai transmise, je n’y retrouve que mes terres ! ».

Quatre années passent. Félix Noblia arrête de labourer, couvre ses sols en permanence d’une dizaine d’espèces différentes, pour nourrir ses vaches et sa terre. Patouille. Bidouille. Se plante. Réussit. Du rouge, ses comptes de résultats passent au vert. Très vert. En 2016, il convertit l’ensemble de son exploitation à l’agriculture bio.

Chevalier de l’ordre du Mérite agricole
En 2016, Félix Noblia passe au tout bio, « comme une suite logique », tout en formant des agriculteurs intéressés par son approche. Fort de ce dynamisme, Félix Nobia reçoit le 2 mars 2017, le Prix de l’innovation des Trophées de l’agroécologie. La récompense est suivie le 5 mai de la distinction de chevalier de l’ordre du Mérite agricole, décernée par le ministère de l’Agriculture. Un encouragement pour Félix Noblia à poursuivre son rêve : « Inventer le système agronomique parfait, s’inscrivant dans le cercle vertueux agronomie-écologie-économie. »

Une agriculture de conservation productive et rentable

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Rouleau cranté

Ses pratiques innovantes, on les regarde de loin. Puis de près. « Beaucoup de monde vient sur la ferme voir comment Félix travaille et il fait des émules : deux voisins se sont convertis à l’agriculture biologique et d’autres passent au semis direct », témoigne son oncle. « Agriculteurs, coopératives, associations, organismes de recherche viennent observer mes pratiques. J’ai lancé une plate-forme expérimentale sur mon exploitation pour tester l’agriculture biologique sans labour. Réussir à contrôler les mauvaises herbes sans herbicides ni labour nécessite d’être très technique et très rigoureux. C’est une véritable course de vitesse entre la culture et les mauvaises herbes ! » Convaincu et militant, Félix Noblia passe aujourd’hui près d’un tiers de son temps sur ses expérimentations : « Je veux prouver que l’écologie marche, qu’on peut faire de l’agriculture productive dans un système durable en amélioration permanente. L’agriculture biologique est capable de faire les mêmes rendements qu’en conventionnel ! ». Et il travaille avec le voisinage : « Je les aide à se mettre au sans labour, ils se convainquent eux-mêmes en voyant les résultats. Mon oncle aussi a accepté cette (r)évolution, il en est même fier ». Pour Michel, « Ce que Félix a envie de faire il le fait. Il se remet en cause en permanence et il avance ! ».

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Bergouey-Viellenave (Pyrénées-Atlantiques)

Trois rues longées de maisons blanches composent le petit village basque de Bergouey avec, en contrebas, la partie Viellenave qui se love contre la rivière. Tout autour, des collines vertes sur lesquelles se succèdent des cultures, des pâturages et des forêts. C’est dans ce décor que Félix Noblia a déboulé au début des années 2010. Lui, l’enfant de la côte, qui a grandi entre Bidart et Biarritz, aimant le surf et la guitare et dont les parents ne sont pas agriculteurs, a décidé de reprendre la ferme de son oncle sans réelles connaissances en agriculture. Il est pourtant vite devenu un « paysan-chercheur » et a fait de son exploitation un lieu d’expérimentation pour les techniques d’agroécologie.

agroécologieAu bord d’un de ses champs, d’un coup de bêche, le jeune homme sort une motte de terre : « Regardez, le réseau racinaire et la faune qui s’y développe, la biologie travaille pour nous ! » En surface de la motte, un paillage en décomposition nourrit le sol. Ce paillage est la recette du fonctionnement de sa ferme, car Félix Noblia pratique le semis direct sous couvert végétal en agriculture biologique.

En agriculture conventionnelle, le semis direct — c’est-à-dire que le sol n’est pas travaillé au préalable — est répandu, les mauvaises herbes étant détruites par du glyphosate. En agriculture biologique, le travail de la terre par le labour pour arracher les plantes indésirables est souvent présenté comme inévitable. Or, les deux systèmes ont leurs inconvénients. En conventionnelle, l’usage des pesticides a des effets nocifs sur la biodiversité et la santé humaine. En biologique, l’érosion et l’épuisement des sols menace la durabilité de l’agriculture. Pour Félix Noblia, le dilemme se résume ainsi : « En utilisant des pesticides, on tue des humains ; en travaillant le sol, on tue l’humanité. » Il a refusé de choisir entre les deux et a converti sa ferme en agriculture biologique tout en pratiquant le semis direct.

« Si tous les agriculteurs se mettaient à cette technique, nous pourrions stocker tout le carbone émis par les énergies fossiles et stopper le réchauffement »

agroécologieIl s’est inspiré d’agriculteurs étasuniens qui ont développé le semis direct sous couvert végétal. Le principe consiste à semer des plantes qu’il passe ensuite au rouleau cranté quand elles ont atteint leur taille optimale. Elles forment alors un paillage recouvrant le sol, qui se décompose pour former de l’humus. Puis, il sème les espèces qu’il cultive : du maïs, de l’orge, du soja, du colza, etc. Sur ses 150 hectares de terres, il a eu l’occasion de tester de nombreuses combinaisons d’espèces et, grâce aux réussites et aux échecs, d’observer les rendements les meilleurs : ainsi, il a pu constater que le pois fourrager constitue le meilleur couvert végétal pour du maïs. Mais, la nouveauté par rapport à ses prédécesseurs aux États-Unis, c’est sa conversion en agriculture biologique. Félix Noblia parvient à se passer de produits phytosanitaires en jouant sur les temporalités : le paillage étouffe les mauvaises herbes jusqu’à ce que la taille des plantes issues de ses semis soit suffisante pour concurrencer toute autre pousse.

Selon Félix Noblia, les avantages de cette technique sont innombrables. Elle lui permet notamment de stocker du carbone dans ses sols grâce aux plantes en décomposition. « Si tous les agriculteurs se mettaient à cette technique, nous pourrions stocker tout le carbone émis par les énergies fossiles et stopper le réchauffement », explique-t-il. Des scientifiques ont calculé que, pour stocker l’ensemble du carbone émis par les activités humaines, il faudrait que le sol absorbe 0,4 % de carbone supplémentaire chaque année. L’initiative « 4 pour mille » lancée au moment de la COP21 reprend ce calcul. Or, les paysans qui utilisent cette technique depuis deux décennies ont vu la croissance du stock de carbone augmenter de 2,5 %. Pour Félix Noblia, « ça veut dire que, aujourd’hui, on sait comment faire pour arrêter le réchauffement, mais on constate que les coopératives et les institutions traînent des pieds, et c’est un euphémisme ! ».

Les sols en bonne santé évitent également les inondations et contribuent à filtrer l’eau et donc à la dépolluer. Lors du débordement d’une rivière sur une de ses parcelles, Félix a pu constater que la théorie fonctionnait et annonce, non sans fierté : « Je n’ai pas perdu un kilo de terre dans mon champ. » Lui voudrait que les paysans soient rémunérés aussi pour ces services rendus à la société. « La dépollution de l’eau aujourd’hui, c’est cinq fois le budget de la PAC », dit-il.

agroécologieL’agriculteur est également éleveur. Il a un troupeau d’environ 60 vaches, de races angus et blonde d’Aquitaine. Dans ce domaine aussi, Félix Noblia a changé le mode d’élevage : elles sont en pâturage tournant dynamique, c’est-à-dire qu’elles ne restent pas plus de 48 heures sur la même parcelle afin de redynamiser les herbes.

Cette technique, très utilisée en agroécologie, a pour objectif de se rapprocher le plus possible des comportements des animaux en savane. Les pâturages étant moins sollicités et étant fertilisés par les déjections des animaux, ils repoussent mieux et avec des apports alimentaires plus importants.

« De l’alimentation tu feras ta première médecine », disait Hippocrate

L’autre avantage de cette technique avancé par l’agriculteur concerne l’alimentation humaine. Dans sa vie précédente, Félix Noblia a fait une première année de médecine : « Je me suis aperçu que le nombre de cancers explosait et que l’âge auquel ils se déclenchaient avait été avancé de vingt ans ! Or, comme l’a dit Hippocrate, “de l’alimentation tu feras ta première médecine”. Actuellement, les aliments que nous mangeons ont beaucoup perdu en richesse car les sols sont pauvres en azote, en phosphore et surtout en oligo-éléments à cause des techniques d’agriculture moderne. Le taux d’oméga 3 dans le cerveau humain a baissé de 20 %. » En pratiquant une agriculture de conservation des sols, il espère changer la donne.

agroécologieOutre ses innovations déjà en place, l’agriculteur hyperactif continue d’expérimenter pour inventer de nouvelles façons de construire avec la nature. Il vient d’installer des panneaux solaires sur l’étable dans laquelle ses vaches passent les mois d’hiver, de décembre à février. Cela lui permet d’être autonome en énergie et de revendre le surplus de production à Enedis. Il envisage également de se lancer dans le maraîchage en construisant des terrasses et en utilisant la pente pour irriguer les plantations. Il souhaite aussi innover en agroforesterie et planter des mûriers blancs qui serviraient également de pâturage pour son troupeau. Selon sa propre estimation, environ 8 % de ses terres sont aujourd’hui utilisées pour des expérimentations : « Cela fait un trou dans ma trésorerie, mais on n’a plus le temps d’attendre », estime-t-il.

Toutes ces expériences sont chronophages et Félix Noblia passe du temps sur les routes et en conférences pour expliquer ses manières de faire. Assis au soleil à l’arrière de sa maison où deux ruches sont déjà actives en ce mois de février à cause d’un temps particulièrement clément, le jeune homme admet une certaine fatigue : « Dans une autre vie, je faisais du ski, j’allais à des concerts. Aujourd’hui, je n’ai plus le temps de faire la fête. » Il a trouvé un sens dans cette nouvelle vie consacrée au travail pour la santé des sols et le renouveau de l’agriculture. Alors que sa compagne est enceinte de leur deuxième enfant, il confie se battre également pour eux. Il a lu les essais de collapsologie et est persuadé que, « si on ne fait rien, en 2100, il n’y aura plus qu’un milliard d’êtres humains sur terre ». Pour éviter d’en arriver là, Félix Noblia a bien l’intention de continuer à innover et à convaincre. Autour de lui, des voisins se sont déjà mis au couvert végétal et il échange avec des agriculteurs de divers pays sur les techniques d’agroécologie. Les graines d’espoir qu’il a contribué à semer commencent doucement à germer.

Chloé Rebillard

Cet agriculteur se passe du glyphosate. Et il gagne bien mieux sa vie

L'agroécologie grandeur Nature et partagée - Felix Noblia

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3 Commentaires
  1. Jouret Jacqueline dit :

    Félicitations du fond du cœur pour votre combat. Mon compagnon depuis plus de 30ans fait des conférences sur ce sujet. Ça fait du bien de voir votre combat. Je veux croire que tout est encore possible. Nous vous envoyons un fabuleux bouquet de lumière et encore Merci !

  2. Journ'obs dit :

    Pourquoi « invente »?

  3. bouvant s dit :

    fabuleux merci a Félix, et souhaitons , que plus jamais aucuns agriculteurs en voyant cela, et en se rapprochant de cet homme précurseur de son expérience, ne voudra se suicider, comme cela se passe tous les jours actuellement dans notre beau pays! ou on tuent ceux qui nous nourrissent a cause de ce scandaleux pacte que les banques ont passer avec eux, au niveau de fausses promesses, de crédit et de chantages scandaleux, avec les traitement obligatoires de produits destructeurs….. honte a ces financiers et leurs complices car ils ont , influencer de la mauvaise manière , ils leurs ont mentis, ces personnes leur ont fait confiance, pensant bien faire, ne leur jetons pas la pierre… et que en voyant Félix au travail , avec ce qu’il réussit a faire naturellement… espérant qu’il saura leur redonner, le gout de continuer, et de vivre en organisant leurs exploitations différemment, tout en respectant les sols et le vivant et non en tuant et en appauvrissant la biodiversité, comme auparavant, , pousser, par les banques, et les fabricants de mort et non de vie félicitation et vraiment bravo a Félix il peut être très fier, de ses décisions, de son fabuleux travail de son altruisme, de sa vie, qu’il a choisit, d’être novatrice et pédagogique pour tous les compagnons de sa corporation tout simplement, la bataille est dur, mais elle est belle et louable pour l’humanité, tout entière NAMASTE

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