Les bains sonores : plus qu’une simple plongée dans la détente

La pratique des « bains sonores », sorte d’immersion du corps dans les sons et les vibrations des bols tibétains, a le vent en poupe.

Au-delà de l’effet relaxant, anti-stress et favorable au sommeil, que peut-on attendre de ce type de thérapie par les sons ?

Découverte des bains sonores

C’est allongé sur un tapis de sol, confortablement installé, les yeux fermés, que l’on est invité à prendre un « bain sonore » ou « massage sonore ». Le soin est orchestré par une personne formée à l’art de faire résonner les bols tibétains, aussi appelés bols népalais ou bols chantants : ils produisent, au contact du maillet, des harmonies qui entraînent la sensation d’être enveloppé dans une épaisse matière sonore.

« Dès les premières séances, de profonds changements peuvent survenir grâce au lâcher-prise », constate Alena Gaponova, professeure de yoga à la Maison des Marronniers, dans l’Essonne. Elle s’est formée à cette sonothérapie, thérapie par les sons, auprès de deux maîtres népalais. « On se retrouve rapidement et sans effort dans un état méditatif ». Car contrairement à la méditation, qui demande de l’entraînement, les bains sonores entraînent naturellement lâcher-prise et conscience de l’instant présent. Alena Gaponova vante aussi les bienfaits des bols tibétains pour le sommeil. « Si ces bains sonores sont surtout indiqués pour induire le calme et le rééquilibrage du système nerveux, mes maîtres m’ont également transmis des séquences spécifiques à jouer en cas d’acouphènes, de migraines ou encore de maux de ventre ; autant de symptômes qui peuvent être dus au stress chronique », ajoute-t-elle.

La vague des bains sonores

De plus en plus de studios de yoga en France programment de telles séances, individuelles ou collectives. Un lieu entièrement dédié à cette sonothérapie a ouvert ses portes à Paris en 2018, le centre Zen and Sounds qui, fort de son succès, inaugure en 2021 une deuxième adresse à Montpellier. Et des lieux et instituts très divers proposent ce type de soin à leurs visiteurs, par exemple L’Edenvik, un spa situé dans une station thermale des Hautes-Pyrénées.

Certains professionnels de santé s’y intéressent aussi à l’instar de Céline Le Page, infirmière de métier, qui a suivi une formation à l’Institut des Arts de la Voix près de La Rochelle : « Dans mon activité de soignante, je passe mon temps à courir d’un malade à l’autre et à leur prodiguer des soins qui peuvent parfois leur faire mal. Alors par la sonothérapie, je cherche à développer une activité pour aider autrement les patients », confie-t-elle.

Dans les services de soins palliatifs

Les bains sonores se sont même invités à l’hôpital : de 2011 jusqu’au début de la crise sanitaire, la sonothérapeute Catherine Lefebvre intervenait dans le service des soins palliatifs du CHU de Saint-Étienne. Deux après-midis par semaine, elle se rendait dans les chambres de patients en fin de vie, demandant à chacun d’eux s’il souhaitait recevoir, ou non, un soin sonore. « C’est entre autres, grâce à la détente profonde, que peut s’enclencher un processus thérapeutique, comme parfois le soulagement des douleurs ou l’apaisement des angoisses ; les participants expriment une diminution de divers symptômes liés au stress, comme la sensation de peur, l’estomac noué, l’anxiété, les tensions et l’énervement », récapitule Catherine Lefebvre suite à l’enquête de satisfaction réalisée au sein du service.

La sonothérapeute souligne aussi l’intérêt de montrer aux patients que leur corps, devenu synonyme de souffrances, peut encore leur amener des moments de plaisir au travers des soins sonores. Dans l’une des plus grandes écoles formant à l’utilisation des bols tibétains, l’Institut Peter Hess notamment présent en Belgique, un cursus est dédié à l’accompagnement de personnes en soins palliatifs.

Du chamanisme mongol à la cancérologie moderne

Le nom de « bols » chantants est très pertinent si l’on considère l’hypothèse de leur origine : il s’agirait en effet de récipients en cuivre à usage culinaire, martelés par les populations nomades des plateaux de Mongolie. Des chamans se seraient les premiers intéressés aux sons et aux vibrations qu’ils produisent lorsqu’ils sont percutés. Ensuite, les prêtres de la religion Bôn puis les moines bouddhistes ont adopté la pratique. Selon la tradition tibétaine, un alliage de sept métaux doit être employé, chacun correspondant à l’un des sept chakras. Dans les temples bouddhistes, on continue aujourd’hui encore à faire résonner ces bols en accompagnement des pratiques méditatives.

Dans les années 1990, un prestigieux cancérologue nord-américain, le Dr Mitchell L. Gaynor, publie un livre sur les bienfaits des bols tibétains en complément des traitements anticancéreux conventionnels : « Sounds of Healing » (Les sons qui guérissent), sorti en 1999. D’après un article publié dans The New York Times, c’est à la suite de sa rencontre avec un patient d’origine tibétaine, un moine, qu’il s’intéresse au sujet puis propose des soins à ses patients. En Europe à la même période, l’ingénieur physicien allemand Peter Hess commence à diffuser la pratique et à l’enseigner : lors d’un voyage au Népal, il observe, en effet, l’importance du son lors des soins médicaux traditionnels, et il décide d’adapter la pratique à la société occidentale en se focalisant sur les problèmes de stress chronique. En 1997, il crée dans le nord de l’Allemagne sa première école. Aujourd’hui, on dénombre une vingtaine d’antennes de l’Institut Peter Hess dans le monde et l’ingénieur allemand commercialise ses propres bols chantants, vendus même sur Amazon !

Ces bains sonores apparaissent comme étant une pratique récente en Occident, et pourtant, plusieurs recherches médicales ont déjà été menées. Une étude parue en mai 2013 dans Psycho-Oncology indique que la méditation tibétaine par le son favorise le maintien des capacités cognitives chez les malades du cancer du sein traitées par chimiothérapie. Une revue scientifique datant de juin 20202 fait, quant à elle, état de quatre autres études publiées : elle conclut qu’il existe des arguments solides en faveur de bénéfices aux plans psychique et cardiovasculaire.

L’effet des sons binauraux sur les ondes cérébrales

La sonothérapie a tout naturellement sa place dans les centres de médecine intégrative, comme à l’Institut Rafaël, à Levallois-Perret, près de Paris, où des bains sonores « harmonisants » sont proposés aux malades de cancer : « Les patients, par une écoute active, rentrent dans un état de profonde relaxation, espace où leurs ressources personnelles peuvent être éveillées et stimulées », nous explique avec enthousiasme le musicothérapeute François-Marie Dru.

Ce dernier, à force d’expérimentations musicales et de recherches bibliographiques sur les vertus des sons pour la santé psychique comme physique, explique comment les bols tibétains agissent sur le corps humain et plus particulièrement sur le cerveau : « Les bols chantants génèrent des sons binauraux, c’est-à-dire deux sons très proches générant un troisième son, identique à un battement. Imaginons que le premier son ait une fréquence de 300 Hz et le second de 310 Hz : le troisième son produit aura une fréquence de 10 Hz résultant de la différence entre les deux autres, ce qui va progressivement stimuler les ondes cérébrales correspondantes, les ondes « alpha », dont la fréquence est aussi de 10 Hz. Or elles correspondent à un état de relaxation et de calme du cerveau . Si la différence entre les sons binauraux est de 5 Hz, ce sont alors les ondes « thêta » qui sont davantage stimulées, ce qui permet de rapidement s’endormir et de palier aux insomnies ».

Le cerveau dans tous ses états

Les explications de François-Marie Dru nécessitent que l’on s’attarde sur la notion d’« ondes cérébrales », invisibles mais mesurables à l’aide d’électrodes utilisées pour la réalisation d’encéphalogrammes et permettant, par exemple, l’étude de l’activité du cerveau pendant le sommeil. Les mesures révèlent différentes fréquences correspondant peu ou prou aux différents états de conscience :
  • Lorsqu’on est éveillé, dans un état de vigilance et de concentration normal, les ondes émises ont une fréquence comprise entre 12 et 20 Hz, les « ondes bêta ». Il peut arriver que le cerveau produise des ondes plus rapides lors d’une activité mentale intense, les « ondes gamma ».
  • Lorsqu’on est dans un état plutôt calme et relaxé, sans stimulation externe, le cerveau émet des ondes plus lentes, les « ondes alpha » dont la fréquence est comprise entre 8 et 12 Hz.
  • Lorsqu’on est en état de relaxation profonde, pendant une méditation ou une séance d’hypnose, par exemple, ou bien en état de sommeil paradoxal, sont produites des ondes de 4 à 8 Hz, les « ondes thêta ».
  • Enfin, lorsqu’on est en sommeil profond, le fameux sommeil réparateur, les « ondes delta » sont émises, de 0,5 à 4 Hz.

« Les ondes alpha et thêta permettent à l’organisme de récupérer plus vite et plus profondément », selon le musicologue François-Marie Dru qui ajoute : « Ces ondes génèrent des hormones comme la somatotrophine qui stimule la croissance et la reproduction des cellules ». C’est ainsi qu’on peut considérer que les bains sonores, à l’instar des pratiques entraînant des états de relaxation profonde, permettent de maintenir un état propice à l’auto-guérison.

Des bains qui font vibrer l’eau du corps

En plus des sons émis par les bols tibétains, des vibrations sont aussi produites, ressenties plus ou moins intensément dans le corps pendant le bain sonore. « Parce que nous sommes constitués d’eau à 65 % en moyenne, les ondes vont se propager dans tout l’organisme comme à la surface d’un lac, entraînant une sorte de massage en profondeur, d’où un état de bien-être très intense », avance Alena Gaponova, professeure de yoga pratiquant les bains sonores.

Certains nœuds peuvent se délier et l’on ressent que l’énergie circule mieux dans le corps. Étant donné l’intensité de l’expérience, il est sage de spécifier quelques contre-indications comme le précise l’infirmière Céline Le Page qui s’est formée à la sonothérapie : « Il faut éviter cette pratique pendant la grossesse avant 4 mois et après 8 mois, après une fracture récente, si l’on porte un pacemaker, ainsi que dans le cas de certaines maladies psychiatriques ».

La sonothérapie pour tous ?

Les bols tibétains ne sont pas les seuls à résonner pendant les séances de bain sonore : des bols en cristal de quartz, des carillons ou encore des gongs sont également employés. Et pourquoi pas xylophones, guimbardes, ou encore didjeridoo ? « Ce n’est pas tant la facture de l’instrument qui importe, mais sa capacité à faire vibrer, avec une intensité différente, l’eau de notre corps », estime François-Marie Dru qui poursuit : « Chaque instrument entrera plus en résonance avec tel ou tel organe ».

Pour ce musicien, il n’est pas nécessaire d’être un grand virtuose pour jouer d’un instrument dans un but thérapeutique. « Vous pouvez commencer par acheter un bol tibétain, mais il sera indispensable de l’essayer pour savoir si le son vous plaît », conseille le spécialiste.

Adeline Gadenne

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